Archive de l’étiquette 11 janvier 2015

Charlie Hebdo : « celui qui tue un homme, tue toute l’humanité »

Il y a une semaine, l’horreur opérait un triste retour en France. En l’espace de trois jours, 17 innocents ont été froidement assassinés, dont 8 journalistes de Charlie Hebdo en raison de leur travail de pourfendeurs des symboles et du politiquement correct.

En tant que français, européen et démocrate, j’ai perçu ce lâche attentat comme une insulte à tout ce en quoi je crois. Que l’on soit en accord avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo ou non, rien ne pourra jamais justifier de répondre aux mots et aux dessins par les armes. Rien si ce n’est une lâcheté sans nom et le rejet de ceux qui pensent différemment.

Les auteurs de l’attentat pensaient nous remplir de peur par leurs actes. Mais nous n’avons pas peur, contrairement à ces prétendus terroristes qui, terrorisés par des dessins, ne savent répondre à cette « terreur manuscrite » que par les armes.

Certains pessimistes aiment à dire que les français ne sont plus fiers de leur pays, de ses valeurs. Les rassemblements et les manifestations de ces derniers jours ont montré que les français sont au contraire fiers de notre pays et des valeurs qu’il porte : Humanité, solidarité, liberté d’expression et de la presse, pour n’en citer que quelques-unes. Les peuples européens se sont joints à notre peine dans une proportion inédite, faisant de ce triste événement une prise de conscience de ce qui nous réunit tous.

C’est ainsi que les criminels qui ont perpétué cet acte ont apporté la honte et le déshonneur sur eux-mêmes et, tragiquement, nous ont rapprochés les uns des autres dans le rejet de cette barbarie. Mais dans le rejet de la barbarie, nous devons nous garder d’employer les raccourcis que certains trouvent tentants, consistant à assimiler les musulmans français à des bombes à retardement.

Les événements nous ont montré que l’islam de France et ces assassins sont ennemis :

Glaçant symbole que de voir un criminel de la pire espèce se réclamant de l’Islam, assassiner lâchement un policier blessé à terre, Ahmed Merabet, qui, hasard terrible, se trouvait être un musulman.

Quelle meilleure preuve que les islamistes radicaux sont en réalité étrangers à la confession à laquelle ils prétendent appartenir et qui sert en fait d’alibi à des fous ?

Quelle meilleure preuve qu’il n’y a pas d’amalgame possible entre l’islam, religion de paix et d’amour, et les criminels qui lui font honte ?

Ahmed Merabet était et restera un enfant de la République et un enfant de l’islam dans le sens le plus noble du terme, tandis que les frères Kouachi et Amedy Coulibaly en seront à jamais la lie et le symbole de l’obscurantisme.

Mais après l’émotion et le recueillement, il nous faut désormais entamer l’analyse, l’analyse de ce qui a permis à cet attentat de survenir, afin de trouver les éventuelles failles dans notre système et les combler.

Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly n’étaient pas des étrangers venus commettre un attentat en France. Ils sont nés et ont été éduqués en France, mais ont malgré tout choisi de s’attaquer à ce qui fait la fierté de nos démocraties. Je vois cela comme un échec.

Et cet échec est notre échec à tous.

Celui de la France qui a laissé son système se dégrader, et n’a pas su stopper à temps des jeunes devenus fanatiques. Les symptômes sont connus et multiples : communautarisme exacerbé, institutions carcérales inadaptées et délabrées, manque de moyens des services de renseignements, etc.

C’est également l’échec de l’islam de France pour ne pas avoir su lutter contre l’implantation de prédicateurs extrémistes qui endoctrinent des jeunes pleins de colère et en quête de réponses.

Une remise en question de notre part à tous est inévitable et légitime. Et les réponses à apporter seront aussi bien françaises qu’européennes.

C’est en renforçant la coopération entre les services de police et les services de renseignement européens, en renforçant, et en donnant un cadre concret aux initiatives comme Eurojust et Europol, et en instaurant un accord européen sur le partage des données passager que l’on pourra réduire les probabilités qu’un nouveau drame survienne sur le territoire européen.

 

Marc Joulaud

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